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Ruptures et continuités


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25 réponses à ce sujet

#21 + Partager Docteur Masu

Docteur Masu
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Posté 23 avril 2018 - 21:15

A ce stade de la discussion (j’ai l’impression qu’on n’est jamais allé aussi loin !) le moment est sans doute venu d’évoquer une réalité un peu dérangeante : la démarche de JM Guilcher a été largement héritière des perspectives dominantes au XIXe siècle, cherchant à retrouver dans les traditions paysannes les souvenirs d’un passé lointain. Elle n’a pas été ethnologique au sens où on l’entend généralement. C’est ce qui explique, en particulier, suite aux grandes enquêtes du CNRS en Aubrac (1964 et 65 pour ce qui est des danses) l’abîme qui sépare les articles de JM Guilcher des films réalisés par Jean-Dominique Lajoux. J’ai eu l’occasion d’en parler avec ce dernier et il m’a dit que JM Guilcher, avec qui il a eu des relations tendues, aurait voulu qu’il filme des reconstitutions de danses, expliquées par des anciens et sorties de la pratique à l’époque de l’enquête. Il a refusé et n’a filmé que des bourrées “vivantes”.

Ceci n’enlève rien, en ce qui me concerne, au respect infini que j’ai pour les travaux, immenses et opiniâtres, de JM Guilcher. J’ai eu, par ailleurs, l’occasion de l’entendre parler de l’œuvre de Coirault et c’était d’une intelligence lumineuse. Il est bien regrettable que les autres pays d’Europe n’aient pas eu de chercheur de cette envergure, ce qui laisse de très grandes zones d’ombre dans une histoire qui, bien sûr, ne concerne pas que la France.

 

Les limites de l'imposant travail de JM Guilcher sont à mon avis contenues dans cette "vision" que je pense effectivement héritière de ce que Mustradamus appelle très justement "les perspectives dominantes" du XIXe siècle. Ce qui n'est pas vraiment choquant, me semble-t-il à cette époque. Il me semble me rappeler, au hasard d'émissions, notamment sur Culture, que c'est une critique qu'on peut faire à pas mal d'ethnologues et si j'ai bien compris, c'est cette critique post-coloniale de l'ethnologie qui donna naissance à la socio-anthropologie. Il n'est pas interdit de me corriger si j'écris des conneries.



#22 + Partager Docteur Masu

Docteur Masu
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Posté 23 avril 2018 - 21:38

Tout à ma réflexion que ces débats alimentent, j'ai pensé à une pratique qui a essaimé dans toute la France et qui ne survit aujourd'hui que dans quelques régions alors même que sa raison d'être n'existe plus : les fêtes de conscrits. Voilà une pratique qui apparait après la Révolution, avec la conscription. Je connais plutôt celles de la Bresse, où elles perdurent encore bien que le service militaire est été aboli il y a bien 20 ans. Les filles y prennent maintenant part (et çà avait déjà commencé dans ma jeunesse, alors que le service militaire était encore obligatoire).

Un de mes apprentis, originaire de la Bresse louhannaise, me parlait de ses "conscrits". Ca durait de l'été au mois de février, où la quête de maison en maison (fortement arrosée), permettait d'organiser un bal des conscrits suivi d'un repas de classe. Je ne crois pas qu'on puisse qualifier cette pratique de revivaliste (même si on peut retrouver des aspects revivalistes à travers des chansons en patois que les jeunes d'aujourd'hui ne pratiquent plus en dehors de cette occasion). Pourquoi elle ^perdure ici aussi fortement alors qu'elle a disparu ailleurs mériterait d'être approfondi. J'ai tendance à penser que des pratiques populaires se maintiennent malgré les métamorphoses de la société qui les a vu naître si elles gardent une pertinence dans la "nouvelle" société. Dans le cas des conscrits bressans, c'est l'occasion d'un "rite de passage" par la cuite donnée par les aînés et d'un lien entre génération grâce aux repas de classe, qui réunissent tous les "classards". Dans les conditions nécessaires à la survie de cette pratique, je vois une taille critique (au sens de masse critique" des communes rurales, pour qu'il y ait suffisamment de jeunes du même âge (même si des adaptations peuvent être trouvées, du type sous-conscrits, conscrits, sur-conscrits).


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#23 + Partager Mustradamus

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Posté 24 avril 2018 - 08:37

Les débats qui nous animent dépassent nos frontières

 

https://www.cairn.in...-2-page-189.htm

 

Bien intéressant cet article. Il m'a parfois fait penser à certains points de celui-ci, paru en 2009 ici.

 

Le dernier numéro des Cahiers d'ethnomusicologie est intitulé Perspectives – Quel devenir pour l'ethnomusicologie ? Comme d'habitude, il sera en vente sous sa version papier pendant quelque temps avant d'être mis en ligne . (site incontournable !)

 

Les lignes de l'ethno bougent ... Il parait que maintenant la plupart des ethnomusicologues aux Etats-Unis ne font même plus "de terrain". :O


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#24 + Partager Mustradamus

Mustradamus
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Posté 24 avril 2018 - 15:08

A propos de Jean-Michel Guilcher, nouvelles suggestions de bonnes lectures :

1. Cet entretien (par Yves Defrance) qui expose bien son parcours, ses objectifs et sa démarche

2. Cet article de 1971, très riche, mais peut-être plus difficile à lire, sur JSTOR.


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#25 + Partager Telu

Telu
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Posté 24 avril 2018 - 20:26

Je ne sais pas si ca peut vous être utile. Mais en visitant le musée de Lissberg en Allemagne, musée dédié à la vielle à roue, la cornemuse et le nyckelharpa, j'ai appris qu'il y a eu une rupture nette de l'utilisation de la vielle à roue en allemagne. J'ai oublié à quel siècle, 19e, début 20e sûrement. Il est devenu tabou de jouer de la vielle à roue en Allemagne. Et l'instrument n'a été remis au goût du jour qu'à partir des années 60 par un luthier qui a commencé à faire de la lutherie expérimentale basée sur les ouvrages pour essayer de comprendre comment ca marchait.

 

Idem pour la cornemuse. J'ai pas tout les détails, mais si vous voulez plus d'informations, il faudra contacter le musée. Ulrich Ritter travaille au musée et est une référence en matière d'histoire de la musique traditionnelle.

http://www.museum-li...rg.de/rundgang/



#26 + Partager Docteur Masu

Docteur Masu
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Posté 10 sept. 2018 - 21:10

A la fin des années 80, Yvon Guilcher excellait dans un des petits sketchs philosophiques qui avaient fait une partie de sa renommée. Il imitait d’abord le merychippus, tout petit, tout mignon, qui trottait gaiement avant de se transformer en un mesohippus avançant au galop vers son prochain état de pliohippus hennissant, celui-ci étant, comme chacun sait, l’ancêtre de notre actuel equus-cheval. Et puis, notre conteur ouvrait la porte de son écurie et y trouvait soudain, à sa grande surprise, un tracteur. Alors là ce n’était plus pareil. On était passé à « l’après », après « l’avant ». Presque tout le monde semblait adhérer et riait de bon cœur.

Une qui ne riait pas du tout, c’était Christiane Mousquès, que je revois encore, bouleversée, clamant « Mon père n’est pas un tracteur ! ».

 

Je vois tout de suite le type de public que ça peut séduire. Il y aurait d'ailleurs beaucoup à dire sur les confusions entre mécanisation et motorisation. Les chevaux de trait telles que nous les connaissons doivent beaucoup à l'essor de la mécanisation, puis à la motorisation qui a encore modifié les sélections pour une destination boucherie. Les Amish qui refusent les moteurs, sont très mécanisés.

 

Si on regarde les bios des chanteurs de la montagne bretonne, on voit qu'ils sont généralement pauvres, souvent fermiers, au sens propre, c'est à dire locataire de leurs terres. Ce n'est pas chez eux que se déroulaient les arrachages de patates, an tennadeg pato, qui étaient souvent suivis de nozvezhioù occasion de chants et de danses se déroulaient dans des exploitations suffisamment importante pour qu'il y ait besoin de main d'oeuvre.

 

Et puisqu'on parle de tracteur, c'est l'occasion de voir et d'écouter Ifig Pichon, compositeur de nombreuses chansons en breton de très belle facture.

 


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