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Quelques pistes pour (re) réfléchir sur le trad...


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281 réponses à ce sujet

#241 + Partager Mustradamus

Mustradamus
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Posté 07 janv. 2011 - 15:00

Le gros problème avec les écrits d'Yvon Guilcher, c'est sa définition de "traditionnel". Il y aurait un "avant" et un "après". Il a beau affirmer régulièrement que "c'est pas moi, c'est les historiens", si on y regarde d'un peu plus près, on voit que même les historiens - dont les textes ne sont pas des bibles eux non plus - sont plus nuancés que lui.
La réalité est complexe et, personnellement, l'approche ethnologique me paraît souvent plus pertinente que l'approche historienne pour essayer de l'appréhender. Des faits de tradition perdurent. D'autres disparaissent. Il n'y a pas et il n'y a jamais eu de société traditionnelle qui soit imperméable à l'emprunt, ou même le lieu de phénomènes internes de modes qui ne doivent rien à l'emprunt.

Dès qu'il y a en un milieu social donné, en un lieu donné, une transmission de faits culturels sur deux ou trois générations, on peut parler de tradition.

#242 + Partager Tirno

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Posté 07 janv. 2011 - 15:04

"Il n'y a pas et il n'y a jamais eu de société traditionnelle qui soit imperméable à l'emprunt"

Ca c'est une généralisation abusive.

Faudra que je lise Mendras, moi :)

Selon ta définition de ce qui permet de parler de tradition, qu'est-ce qui n'est pas tradition? Combien le lieu doit être petit? Comment ca se fait que nous ayons du jazz, du rock, de la chanson française, si ce n'est par transmission de ces faits culturels sur 2 ou 3 générations?

#243 + Partager teddy

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Posté 07 janv. 2011 - 15:09

@mustradamus: C'est beaucoup plus large du coup comme définition, mais pourquoi préciser deux ou trois générations ?

#244 + Partager Rodrigue

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Posté 07 janv. 2011 - 22:25

L'enseignant norvégien aux rencontres CMTN, en décrivant les grandes aires de danse de son pays, nous a dit que dans l'extrème nord et le nord-ouest de la Norvège, les gens avaient cessé de danser : les danses n'étaient plus pratiquées, il n'en restait que des descriptions, la tradition était morte (hors culture sami). Pour lui, à l'opposé, la tradition n'est pas morte dans les deux tiers sud du pays. Les gens y dansent encore à l'occasion des festivités et festivals. Par contre autour de la capitale, pas (plus) de danse type, mais l'ensemble des danses est pratiquée parce que les gens y viennent travailler de tout le pays.

Cela signifie t-il :

1°) Que la Norvège est encore dans une phase de transition culturelle que nous avons dépassée ?

2°) Que la persistance des vieilles danses (qui cotoyent les nouvelles danses) a été meilleur que chez nous dans des régions demeurées plus longtemps rurales, et que cela a permis d'attendre une nouvelle (?) génération de pratiquants, et que ce sentiment de continuité de la pratique permet de parler de tradition vivante ?

3°) Que le concept de tradition est différent : pour eux, ce qui qualifie le caractère traditionnel d'une danse est la continuité de sa pratique, avec conservation du mouvement, des postures, etc, quelle qu'en soit la forme (et sans repousser une évolution lenteet "naturelle"), et non pas la persistance des anciennes occasions de danser, et des anciennes fonctions de la danse ?

4°) Que plusieurs pays centraux de l'Europe, dont la France, ont connu une catastrophe culturelle (décimation de la paysannerie) lorsque d'autres, plus périphériques, plus épargnés par les ravages du siècle passé, n'ont seulement vécu que la révolution industrielle (qui avait déjà commencé chez nous aussi).

Il y a très certainement des différences entre ces vieilles danses et les danses régionales françaises, notamment dans leur pratique par les différentes couches de la société, mais je n'ai pas les connaissances pour vous faire un topo là-dessus.

Joli l'avatar !

#245 + Partager Tirno

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Posté 08 janv. 2011 - 00:17

Hmmm... dans tous les cas: France, Norvège, Irlande, on est passés d'une culture paysanne (sauf si, en Norvège, ou en Irlande, des éléments de cette culture ont été adoptés ou empruntés par d'autres classes sociales) traditionnelle ou la danse et la musique étaient communs à tous et le fait de tous les jours (comme la télé et le jeans sont communs à tous aujourd'hui - ou comme le sapin de noel, pour les danses de carnaval, etc.) à une culture industrielle mondialisée ou ces danses et musiques ne sont pratiqués que par certains, au meme titre que la marche, la voile ou le piano, et seulement à des occasions "créées".

Ce qui est réel, c'est que la fonction de la danse à changé. Ce qui est réel aussi, c'est que la société à changée. Et que la danse ne remplit plus du tout le même rôle.

Ce qui me semble réel aussi c'est qu'a différents endroits il y a eu plus ou moins d'interruption de pratique, notamment via des diasporas et transplantations (auvergnats à Paris, irlandais aux états unis).

Ce qu'on fait de tout ça... parler de "tradition vivante", ça implique bien que c'est autre chose - appeller ca "tradition" c'est le comparer avec un regard extérieur à d'autres objets qui ne le sont pas. L'appeller "vivante" c'est protester qu'elle n'est pas morte. Doit on parler de la tradition vivante du père noel? On peut appeller ca "tradition" si ca nous fait plaisir, mais je pense qu'il faut pas se leurrer: c'est "autre chose", un choix conscient que font les pratiquants de faire cette chose là plutot que toutes les autres options qui lui sont possibles.

Les façons de faire singulières et de qualité ont perduré. Les manières d'être ont disparu.

Message ajouté après : 6 minutes:

dit autrement, n'étant plus pratiquées par tout le monde, les danses ne sont plus le reflet de la société et la société n'a plus l'occasion d'adapter les danses à elles (la société y a substitué autre chose).

Ce qui nous donne une grande liberté: celle de faire ce qu'on veut avec des danses qui n'ont plus de contraintes - d'ou, je pense, autant de questionnements: on se sent trop libres et en meme temps on voit bien que ce ne sont pas des choses "à la mode". De la, chacun fait sa salade - c'est le revivalisme.

#246 + Partager Mustradamus

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Posté 08 janv. 2011 - 01:01

Faute de temps, j’ai été un peu rapide à 15h00 et je vais essayer de préciser un peu mieux les choses maintenant. D’abord, dire que la musique traditionnelle c’est une musique qui se transmet au sein d’une société donnée pendant au minimum deux ou trois générations, c’est une définition souvent admise en ethnomusicologie. Il va plus ou moins de soi, mais c’est sans doute utile de le repréciser, que dans les sociétés traditionnelles la transmission de la musique est essentiellement orale.

Ceci dit, je trouve l’exemple donné par Rodrigue particulièrement intéressant et stimulant pour la réflexion. Tradition ? Revivalisme ? Ni l’un ni l’autre ? Personnellement, j’aimerais mieux connaître ce qu’il y a derrière le terme « festivités ».

Maintenant, même en France, on ne peut pas dire que les traditions soient mortes.
Oui, les campagnes ont connu les bouleversements que l’on sait, mais elles ne sont pas (encore) vides ou exclusivement peuplées de néo ruraux. Les langues locales y sont encore parlées, même si leur fin semble proche. Et des chanteurs connaissant des chansons traditionnelles apprises de famille, oralement, il y en a toujours, même s’ils se raréfient. Des savoir-faire musicaux continuent de se transmettre, en dehors des circuits « folkloriques » ou « trads ». Récemment, par exemple, il nous est arrivé de rencontrer un musicien qui, comme son père et son grand-père, anime des bals (ou repas dansants) à l’accordéon diatonique, en Charente limousine, dans un créneau défini comme « musette », c’est-à-dire au sein d’un orchestre où il y a aussi, de nos jours, une batterie, un saxo et un synthé. C’est un orchestre qui joue au moins deux fois par mois. Bien sûr, leur répertoire (il faudra y aller voir de plus près) est probablement, à l’origine, écrit à au moins 90 %, mais le jeu de notre accordéoniste - qui ne lit pas une note de musique - est bien, lui, directement issu de la tradition. Et le contexte social dans lequel évolue cet orchestre, également.

P.S.
A méditer :
« Commençons par la notion du "peuple", compris comme catégorie sociale autonome, étrangère à toute culture livresque, ignorant la loi écrite, l'industrie mécanique, l'économie ouverte. Et demandons-nous si pareille société ne se voit et ne s'est jamais vue nulle part.
On éprouve quelque gêne à débattre des questions à ce point puériles. Mais enfin, les textes sont là qui répondent : non. C'est à croire que les folkloristes laissent aux seuls ethnographes le soin de lire les récits des explorateurs, qui leur fournissent mille exemples de ces sociétés archaïques. »
Constantin BRAILOIU « Le folklore musical » in Musica aeterna, Zurich, M.S. Metz, 1949, pp. 277-332. Article reproduit dans Problèmes d'ethnomusicologie, Minkoff Reprint, Genève, 1973, pp. 61-118.

#247 + Partager Tirno

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Posté 08 janv. 2011 - 01:20

Allez, encore une réflexion: "la tradition" c'est que la culture change et que l'objet change avec (ou se trouve remplacé par d'autres objets). Le revivalisme, c'est que la culture a changé et, souhaitant préserver l'objet desuet - ou ne voulant pas le mettre a la poubelle, on ne l'a pas changé, mais on lui a trouvé une autre place. Un peu comme on a encore un seau quelque part à la maison, mais il ne sert plus à transporter de l'eau depuis le puit, la fontaine ou la rivière. (à cela près que le seau est resté quelquechose qu'on a tous, car on lui a trouvé d'autres fonctions et qu'il est encore d'actualité et d'utilité pour tous)

C'est particulièrement flagrant dans la "tradition" chez moi en Suisse, ou on marque encore l'évènement de montée des vaches à l'alpage en organisant une fête. L'evolution de cet évènement c'est qu'on ne le marque plus - on a pas besoin d'organiser ca en communauté, puisque ce n'est plus un fait marquant dans le village (les vaches n'appartiennent plus qu'a 1 ou 2% des habitants) et puisque c'est quelquechose qui se fait majoritairement en camion. La ou revivalisme se confond avec tradition, c'est que, d'année en année, la montée à l'alpage a toujours été marquée. Et progressivement, cet évènement dans sa nouvelle forme s'est substitué à lui-même, l'occasion est restée la meme et on cherche à lui conférer un rôle dans notre vie - port du costume traditionnel, invitation des Amis du Bouvier Bernois, animation de musique "folklorique".

Ca peut passer pour une évolution de la tradition - mais il faut se rendre à l'évidence que c'est autre chose.

Message ajouté après : 9 minutes:

(je comprends vraiment pas la citation. oui, ce peuple existe ou non il n'existe pas - c'est tellement tourné a force de négation que c'est dur de se dépatouiller. Je suppose que c'est oui, il a existé - pour ca je croyais qu'on était tous d'accord)

Par ailleurs, y'a plein de gens qui chantent de la chanson française ou du rap sans lire une note de musique - est-ce traditionnel pour autant?

#248 + Partager Mustradamus

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Posté 08 janv. 2011 - 14:35

Ah , il faut réexpliquer un peu Brailoiu ?
J’essaie :
1. Les folkloristes (attention, à son époque, ce sont encore les personnes qui étudient les traditions populaires, et non celles qui se consacrent à la présentation de spectacles costumés sur scène) considèrent a priori qu’il y aurait eu des sociétés autarciques et figées, et que là est l’objet de leur intérêt.
2. Les explorateurs et les ethnographes ont amplement prouvé que cette conception était puérile.

Tout cet article est à lire, et bien d’autres de Brailoiu, d’ailleurs. Gilbert Rouget écrivait, en 1976, lors de l’édition de Problèmes d’ethnomusicologie que la lecture de l’ « Esquisse d’une méthode de folklore musical » parue en 1931, « reste indispensable à tout ethnomusicologue apprenant son métier ». En 2011, c’est toujours aussi passionnant, ainsi que l’article de Bartok (1936), se référant partiellement à celui de Brailoiu : « Pourquoi et Comment recueille-t-on la musique populaire ».

Je trouve très intéressant l’exemple suisse que tu donnes, Tirno. Effectivement, là aussi, on peut penser qu’il y a mutation d’une tradition. Peut-être plus que dans l’exemple norvégien, où je me demande s’il n’y a pas réellement permanence d’une tradition. Dans tous les cas, je pense qu’un « marqueur de tradition » intéressant pourrait être la vitalité des dialectes locaux, la disparition de leur usage marquant vraiment, elle, la fin d’ « aires culturelles » facilement identifiables.

Quoi qu’il en soit, je crois qu’il faut sortir de la référence « société paysanne » comme si elle était incontournable. Des traditions urbaines, il y en a aussi. La pratique du kaseko à Cayenne, au moment du Carnaval, est considérée comme une des traditions ininterrompues. Et dans les Antilles françaises, la pratique du quadrille semble bien s’être maintenue dans des quartiers populaires citadins.

Personnellement, je pense qu’on passe, depuis quelques décennies, à côté d’une tradition des plus extraordinaires qui soit, celle des bals musette dans certains départements du Massif Central, en particulier Cantal, Aveyron, Lot et Corrèze (et sans doute d’autres aussi). On peut y voir, souvent, de très beaux danseurs de diverses générations, n’ayant rien à voir avec le mouvement revivaliste qui reste, malgré tous nos efforts, assez confidentiel. Des bals musette, il y en a dans toutes les communes au moins deux ou trois fois par an, et en général beaucoup plus. Toutes les populations rurales sont concernées. Un de mes sujets d’étude favoris (mais il faudrait avoir du temps pour commencer un recensement vraiment intéressant et être un peu plus nombreux et assidus que je ne le suis personnellement…) est, bien sûr la place de la bourrée, et les différentes esthétiques qu’elle revêt en ces lieux. Mais il y aurait d’autres choses à y observer, en particulier les mouvements de mode qui traversent ces bals. Qui a vraiment étudié la progression de ce brise-pied en deux lignes face à face, qui est maintenant devenu un incontournable ? D’où est-il parti ? Quand ? Et cette mode récente du fox-trot ? (forcément revisité). J’ai souvent l’impression qu’il en va du monde des bals musette comme il en a été pour les musiques traditionnelles rurales : il n’y aura des gens pour s’y intéresser que lorsqu’ils seront moribonds.
Et là, je n'ai parlé que danse, alors que le jeu des accordéonistes, sur chromatiques à basses standard, et leur cadence souvent irrésistible, sont fascinants eux aussi... et directement héritiers de pratiques traditionnelles.
Voilà une manifestation culturelle populaire qui mériterait peut-être mieux le label « Patrimoine Culturel Immatériel » de l’UNESCO que le maloya réunionnais et les polyphonies corses, qui sont vraiment des revivalismes dans les deux cas, soutenus politiquement au plan local, dans les deux cas aussi, ce qui leur a, bien sûr, valu cette reconnaissance.

Dernier point pour l’instant.
Ce qui fonde la tradition c'est principalement le mode de transmission du fait culturel. Il faut qu’il y ait contact humain direct, ceci, encore une fois, dans un milieu socio-culturel (géographique) donné. Le jazz, le rock, la chanson, etc. sont, de nos jours, essentiellement transmis par l’écriture ou l’imprégnation médiatique.

#249 + Partager raphnin

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Posté 08 janv. 2011 - 14:42

+1.

#250 + Partager Tirno

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Posté 08 janv. 2011 - 18:27

Merci pour tous ces éléments de reflexion :)

Ces bals musette avec des bourrées, on en voit dans plusieurs collectages des années 80. C'est assez fascinant de voir musette, "disco" et bourrée se cotoyer. Par contre, en tout cas dans les rares vidéos que j'ai pu voir, il me semble que la majeure partie des danseurs ne dansent pas ou dansent une valse dessus. Ces danseurs ont appris ou et comment? Je peux volontiers imaginer qu'ils aient appris la bourrée par imprégnation, en lignée directe avec des danseurs de culture traditionnelle (meme si j'aimerais avoir des détails et éléments de preuve).

Donc la ou tu prendrais Y. Guilcher avec des pincettes c'est lorsqu'il définit que la danse traditionnelle est le fait d'une société traditionnelle? Ou lorsqu'il décrit la société traditionnelle - qui par cette définition n'existe plus?

Parce que j'ai l'impression que de son point de vue, une transmission orale dans un milieu socio-culturel donné, si cette société n'est pas "traditionnelle", ca a beau porter le nom de "traditionnel", ca n'est pas traditionnel pour autant. (enfin c'est pas la meme chose, c'est deux sens différents couverts par le même mot).

Présupposer que "transmission traditionnelle" et "élément d'une société traditionnelle" sont différents, c'est présupposer que la société traditionnelle ait existé. Guilcher la caractérise comme étant fondée sur des "traditions" dans le sens ou on fait ce qui a toujours été fait et celui qui fait différemment n'est pas exposé à la raison, mais au ridicule. C'est pas par isolation qu'elle est résistante aux influences extérieurs mais que sa façon de fonctionner ne la permet pas d'adopter des choses extérieures, mais plutot de les approprier - par exemple la façon que les contredanses, cotillons et quadrilles ont été appropriées - ici en figures de bourrée, là en jabadao, ailleurs en congo, ailleurs encore en avant-deux - mais jamais sans les modifier.

A cela, il ajoute

mais où sont les danses traditionelles issues du tango, du fox-trot ou du cha-cha-cha ? Leur absence totale conduit à penser que le moule est cassé. Il ne subsiste plus que les moulages. [...] Les anciens répertoires traditionnels peuvent bien continuer d'alimenter une pratique dans la société post-traditionnelle ; mais on ne peut pas dire que cette pratique revivaliste, relève encore d'une culture traditionelle.


Face à ça, je me sens un peu désarmé. D'ou que je creuse la question de savoir exactement quelles affirmations de Guilcher sont à remettre en cause.

Et aussi, quel rapport avec notre pratique - même s'il devait persister des pratiques traditionnelles, ca n'empeche pas que celle du bal folk ne l'est pas - ou le devient autrement, non?

#251 + Partager Mustradamus

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Posté 09 janv. 2011 - 00:45

Il me semble avoir répondu en grande partie à tes questions par l’entremise de Brailoiu. Mais je veux bien mettre un gros point sur le i : les références à une civilisation paysanne intemporelle qui serait morte en même temps que les traditions culturelles qui l’accompagnaient ne sont pas tenables. D’ailleurs on s’aperçoit que d’un écrit à l’autre, la date du décès supposé a pu changer.

Nous sommes maintenant à l’heure de la mondialisation. La musique occidentale a progressivement déteint sur la plupart des musiques populaires du monde, les rythmes binaires écrasent tout sur leur passage et les modes procédant par d’autres intervalles que tons et demi-tons (je ne parle même pas ici des questions de tempérament) ont tendance à passer au pilon. L’harmonie, l’amplification et l’informatique ont tout envahi ou presque.
Est-ce que, pour autant, les traditions musicales ont disparu ? Non, bien sûr. Pas encore, en tous cas. Ceci dit sans optimisme béat. La diversité culturelle de la planète est gravement menacée. D’après Survival International (Février 2008), une langue disparaît toutes les deux semaines.

Mais, que ce soit bien clair, le mouvement revivaliste qui nous rassemble, disons, en gros, celui des bals folk ou trad, n’est pas une « suite » de la tradition. Parce que, encore une fois, pour qu’il y ait tradition, il faut qu’il y ait communautés humaines, et que le monde folk ou trad est beaucoup trop disparate et dispersé pour être considéré comme une communauté. Nous sommes simplement les réinterprètes de répertoires traditionnels. Peut-être que dans deux ou trois générations, on verra que quelque chose a finalement pris corps à partir de notre mouvement, mais nous n’en sommes pas là.

En revanche, je le redis, des phénomènes de transmission traditionnelle sont observables dans le bal musette. Ce que je disais du fox-trot contredit la citation que tu as encadrée, et des réappropriations de cha-cha-cha, j’en ai vues (d’autres aussi, je ne sais pas s’ils fréquentent Tradzone) dans des bals de la région limitrophe Indre-Creuse (Bas-Berry – Marche). Là aussi, comme pour le brise-pied en lignes, il s’agissait d’une forme collective, et ce phénomène de mutations de danses de couples en danses collectives serait sûrement intéressant à étudier, lui aussi.

#252 + Partager Tirno

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Posté 09 janv. 2011 - 03:05

Aie... la je me retrouve avec 2 paragraphes et une citation qui contredisent 30 pages séduisantes de Guilcher, au sujet des civilisations paysannes. Qui lui cite aussi Brailoiu en bibliographie, qui n'a pas dit qu'elles étaient intemporelles et qui place le décès à différentes dates selon les régions et pour chaque région comme s'étendant sur 2-3 générations.

Bref... ça m'encourage à poursuivre mes lectures.

Je profite que tu es dans les parages pour poser encore une question: la société pour laquelle le chant et la danse sont des faits de tous les jours: mythe aussi? Et si ce n'est pas un mythe, y a-t-il raison de croire à une différence de qualité entre MDT dans une société qui vit ces danses au bal et MDT dans une société qui les vit tous les jours?

Au passage, je remarque que l'opinion de Y Guilcher doit etre pas mal basée sur le particularisme de la bretagne, ou lui et ses parents ont pu constater que c'était mort pendant 15 ans d'enquete et ou on parle aujourd'hui d'une tradition ininterrompue. Le massif central fait-il figure d'exception? Ou est-ce simplement que, venant du massif central, c'est là que tu as vu des choses et donc de ces exceptions là que tu mentionnes?

Message ajouté après : 5 minutes:

Tiens... ca me fait aussi penser à un des endroits ou je ne suis pas d'accord avec Guilcher - c'est le fait que le revivalisme ne peut conduire qu'a la récitation de leçon - qu'a partir de paroles, on ne peut retrouver la langue - qu'a partir de moulures, on ne peut plus recréer des moules.

#253 + Partager Chamusique

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Posté 09 janv. 2011 - 09:00

Après ces deux pages de lecture passionnantes, j'en conclus donc que : mazurkas, polkas, valses, ne sont pas des danses traditionnelles... (puisque, nous vous en déplaise, elles furent transmises dans nos belles provinces, par l'écrit, le train et les bourgeois... et peut être mêmes quelques marioles qui jouaient en bal et aussi à la fanfare, (ah qu'ils étaient rusés ces paysans d'antan), disons... de la clarinette par exemple... on va dire, à la louche, à partir de 1830... est-ce assez loin dans le temps ?)

...

Quand je repique d'oreille un morceau sur mon baladeur, est-ce de la transmission post-orale ? J'ai pas fini de me le demander...

#254 + Partager Ludoman

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Posté 09 janv. 2011 - 11:10

Après ces deux pages de lecture passionnantes, j'en conclus donc que : mazurkas, polkas, valses, ne sont pas des danses traditionnelles...


Marrant, c'est ce qu'on dit toujours en Bretagne...

#255 + Partager Rodrigue

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Posté 09 janv. 2011 - 12:51

Les bals musette avec des bourrées, on en voit dans plusieurs collectages des années 80.

Et au-delà ! (cf. les formes observées jusque dans les années 2000 et reproduites dans les DVD de Hugues).
Il y a peut-être une différence à faire, entre les danseurs de Teillet ou les familles observées récemment dans l'Indre, et la grande majorité des pratiquants de bal musette, au niveau qualité de danse.
De plus, entre un bal de Teillet (années 1980 : 1 ou 2 quadrettes, une fois par bal) et le dancing de Vierzon dans les années 2000, c'est certain que l'on a d'un côté comme une parenthèse dans le bal, une concession au passé, et de l'autre une danse qui fait partie du répertoire et que tout le monde danse... un peu comme les bretons d'ailleurs : avec une certaine délectation, comme lorsque l'on pénètre chez un antiquaire.

Pour la Norvège, je ne sais rien de plus, si ce n'est que les vieilles danses semblent d'avantage résister à la concurrence. Il faudrait en discuter avec des scandinaphiles. Je peux juste témoigner que l'ambassade de Norvège a déjà subventionné des concerts de musique traditionnelle à la Cité internationale de Paris.
Sous réserve, je dirais que les mdt ont encore une diffusion dans la population analogue à celle du bal de campagne (musette) chez nous : c'est ringard, ça fait partie de notre identité, c'est enseigné dans toutes les écoles de musique, jusqu'au conservatoire royal, on en entend tous les jours sur certaines radios, les artistes néo-trad sont invités à la télé, et on a tous un membre de la famille qui pratique.

A propos de moulures, j'avais posé une question puérile (ma seule question d'ailleurs) à Y.G. : Bien que la société paysanne etc, est-ce qu'en se fabriquant un corps de paysan, on peut reconstruire la danse d'un paysan ? Vous devinez la réponse...

#256 + Partager Mustradamus

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Posté 09 janv. 2011 - 20:55

Chamczyk et Ludoman,
Il en va de la danse comme pour la chanson, et à ce sujet, Coirault a bien déblayé le terrain : rien n’est traditionnel au départ, c’est la transmission, les réappropriations, les variations, leur existence simultanée sous de multiples versions, qui font qu’une danse ou une chanson deviennent traditionnelles. Il est manifeste qu’une mazurka collectée en Gascogne ou chez Vidalenc (Sud Cantal), c’est très différent. Mais les folkloristes de l’après-guerre, en Berry, par exemple, ne se sont pas intéressés aux danses de « couples fermés » (appelons-les comme ça). Je me souviens avoir entendu Madeleine Surnom le regretter, a posteriori.
Pour le baladeur, j’ai personnellement tendance à considérer ça comme une forme d’écriture. Mais ça peut se discuter.

Tirno,
Les 30 pages que tu cites m’ont l’air plus nuancées que ce que j’ai lu ou entendu moi-même. De toutes façons, j’ai pu constater que le discours d’Yvon Guilcher avait évolué au fil des années.
Maintenant, la société dans laquelle on danse tous les jours… je n’y crois pas. Comme je l’ai dit (!) il n’y a eu pas une société traditionnelle mais de multiples, certaines plus passionnées par la danse que d’autres. Pour le chant, en revanche, il semble bien qu’il ait été un peu partout présent dans la vie quotidienne des ruraux dont on parle.

Autre question : oui, il y a des régions où manifestement les traditions se sont maintenues alors qu’elles disparaissaient dans d’autres. Le cas de la Bretagne est particulier, avec un revivalisme plus ancien qu’ailleurs, et c’est vrai que les Guilcher se sont pas mal accrochés là-bas avec ceux qui prennent le fest-noz ou les cercles celtiques pour la continuation de la tradition. Mais des exemples de permanence traditionnelle, il y en a certainement encore, en particulier dans le domaine du chant. Pour la danse, je ne sais pas.
Le Massif Central a été privilégié par la passion qu’ont eue nombre de ses habitants pour la danse, et pour l’accordéon. C’est dans les bals musette que la bourrée a continué de vivre jusqu’à nous.
Il y a d’autres régions ou des traditions se sont maintenues dans d’autres cadres, et sans doute avec des motivations plus identitaires. Le Béarn, le Pays Basque, par exemple.

Pour ce qui est du Berry, voilà pas mal d’années (au moins vingt ? Il faudrait peut-être suivre la piste des « Gars du Boischault »...) qu’ont lieu dans les bals musette, des « quarts d’heure berrichons » au cours desquels ont été réactivées pas mal de danses. Danses marquées, d’ailleurs, par des caractéristiques stylistiques bien particulières, et qui portent l’empreinte de la tradition. En Limousin, ce phénomène semble seulement commencer à apparaître et, à ma connaissance, sans référence identitaire, mais dans une optique « Amusons-nous comme au bon vieux temps ». En Aubrac, les liens avec le milieu folklorique parisien sont si forts qu’on a encore des cas de figure différents, avec aussi, curieusement, des interférences avec le milieu des bals folk.


Oui, c'est vrai, j'ai un très chouette avatar ...


#257 + Partager AlinWond

AlinWond
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Posté 10 janv. 2011 - 12:50

Maintenant, la société dans laquelle on danse tous les jours… je n’y crois pas.


Juste pour être sûre de te comprendre : tu parles uniquement de l'Europe ? Ou tu appliques également ce commentaire aux autres régions du monde (l'Afrique ?) ?

#258 + Partager Tirno

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Posté 10 janv. 2011 - 21:20

Pour info, je suis en train de rédiger un résumé/compte rendu annoté du bouquin de Guilcher. Pour le moment, j'ai pris des notes sur à peu près un tiers...

http://gregdyke.tidd...#[[L ... ance]]

Ca remplace absolument pas le livre - mais ça peut donner une idée du contenu

#259 + Partager Mustradamus

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Posté 10 janv. 2011 - 23:12

AlinWond, je voulais juste dire, une nouvelle fois, mon scepticisme quant à une "civilisation paysanne française" uniforme (sans parler du reste du monde...).
Que la danse ait été une pratique quotidienne des Bretons, je veux bien le croire. Pour ce qui est du Massif Central, je n'ai pas connaissance de témoignages allant dans ce sens. Les occasions de danse sont présentées en association avec des moments particuliers de l'année ou de la vie, et la fête, par définition, ce n'est pas tous les jours.
J'avoue que j'ai de la peine, aussi, à imaginer la danse intégrée à la vie quotidienne des Corses, par exemple...

#260 + Partager Tirno

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Posté 10 janv. 2011 - 23:45

Dans les écrits de Guilcher, on ne trouve pas d'uniformité dans la civilisation paysanne française. Et en effet, je n'ai pas non plus vu de témoignages allant dans ce sens concernant le massif central (dans les écrits de Guilcher). Contrairement à la Bretagne et aux Landes, ou il s'en trouve.


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