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Livre « Âme Folk - Un voyage dans les musiques et danses folk européennes entre passé, présent et futur »

âme folk - musique danse europe folk

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20 réponses à ce sujet

#1 + Partager luca.turchet

luca.turchet
  • Tradzonard(e)
  • Pip
  • 11 messages
  • Instrument(s):Guitarre, vielle a roue, mandolin, cornamuse italienne

Posté 10 juin 2014 - 17:42

Salut à tous !!

Je vous signale que mon livre « Âme Folk - Un voyage dans les musiques et danses folk européennes entre passé, présent et futur » est désormais disponible. Je pense qu'il peut vous intéresser !

Vous trouverez sur cette page un résumé, les modalités d'achat, et vous pouvez télécharger gratuitement le premier chapitre ainsi que la table des matières : http://www.lucaturch.../fr/livres.html

Le livre est disponible au format papier ou e-book.

 

A bientôt, chères âmes folk ! :-)

 

Luca Turchet
 



#2 + Partager Tirno

Tirno
  • Developpeur
  • PipPipPipPipPipPipPipPipPipPip
  • 4 979 messages
  • Localisation: Lyon
  • Activité(s):Chercheur
  • Instrument(s):Flute, tin whistle, concertina, harmonica, chant

Posté 13 juin 2014 - 19:25

[Luca: I translated almost everything into English, hidden in this spoiler]

Spoiler

 

Ah je l'attendais cette traduction française! J'avais découvert, il y a quelque temps, le prologue et table des matières - et j'avais été déçu de pas pouvoir lire la suite. En plus c'est Chloé qui a traduit (beau travail d'ailleurs - on remarque rarement que le livre n'était pas à l'origine écrit en français).

Ce livre est un magnifique portrait du bal folk européen. La lecture séduit, rappelant des sensations qu'on a tous vécues, inclu celle d'être parfois en décalage avec la société actuelle et d'apprécier de pas être le seul OVNI (OFNI? Âme Folk Non Identifiée?) au monde. On découvre aussi avec plaisir les opportunités saisies et coincidences vécues au cours de sa vie par Luca - suivre son chemin, être ouvert aux rencontres, faire des choses qui ont de la valeur pour lui - être une "âme folk" et ne pas pouvoir aller acheter son journal le matin sans croiser d'autres âmes folk.

Luca parle aussi de manière générale du contexte du bal folk, du rapport avec la tradition, de la beauté et de la singularité des instruments. Il fait un véritable effort de poser des bases saines et raisonnées - avec un résultat généralement bien réussi, mais...

Là où je vais pas pouvoir m'empecher de pondre un pavé, c'est que ce livre véhicule aussi plein des idées reçues et lieux communs du monde du bal folk. Cette pensée unique (et un peu superficielle) du folk n'est pas en soi nocive (elle m'exaspère quand je passe trop de temps en milieu folk - mais alors je vais voir ailleurs - même si être un OVNI parmi les OVNIs c'est un peu saoulant à la longue) - mais quand on la couche dans un livre, je pense qu'on devrait en parler: Le milieu folk s'imagine facilement vivre dans un bisounoursland ou tout le monde est bon, où on partage des valeurs communes, ou on retourne à quelquechose d'authentique, simple et communautaire, où on fait évoluer les traditions en les vivant. Mais c'est pas parceque 5000 folkeux européens hallucinent collectivement (et se gardent bien de trop parler avec des gens ayant un point de vue contraire - même des gens qu'ils pourraient rencontrer à Gennetines s'ils se donnait la peine) que c'est vrai!

Le livre se structure en 7 parties (enfin, c'est moi qui ai regroupé en parties, pour résumer).
Un prologue et chapitre d'introduction pour mettre l'eau à la bouche et présenter comment Luca est devenu passionné du milieu folk.
Un chapitre de digression sur la definition de termes comme "folk", "trad", "populaire" etc.
Deux chapitres auto-biographiques sur les voyages, rencontres et coincidences "folk" de Luca, aux quatre coins de l'Europe.
Trois chapitres décrivant les musiques folk, le bal folk et les danses folk.
Deux chapitres comparant la société rurale traditionnelle et celle d'aujourd'hui (et nos pratiques respectives) et proposant le folk comme remède à certains des maux sociétaux d'aujourd'hui.
Des petits textes laissant la parole à d'autres danseurs, musiciens et organisateurs, des blagues sur les instruments
Une conclusion sur ce que Luca a essayé de partager dans son livre
Je ne parlerai pas de la majorité du livre - avec lequel je suis d'accord lorsqu'il s'agit d'opinions et par lequel j'ai été ému lorsqu'il s'agit de peindre un portrait du monde folk - pour ça, je vous laisse lire (si si! achetez, lisez! Sauf si vous êtes encore pire anti-folkeux que moi, vous ne le regretterez pas). Mais j'aimerais revenir sur quelques aspects.

On parle d'opinions ou de faits ?
Y'a un petit coté contradictoire à ce livre - non seulement Luca se défend de faire le moraliste, tout en exposant des valeurs supposément communes au milieu folk (et/ou à la société traditionnelle) et en les proposant comme solution à certains de maux de notre société actuelle - mais il dit ne présenter que son opinion et sa vision, sans être ethnomusicologue, anthropologue (ou tout autre forme de -ogue), tout en montrant qu'il a énormément fait de lectures et de recherches personnelles, ce qui confère néanmoins une forme d'autorité.

(Il différencie de surcroit son discours de celui d'un discours académique parce que ce qu'il raconte vient de l'intérieur, de son vécu - c'est assez ironique, puisqu'un des fondements de la recherche "moderne" en anthropologie culturelle est l'immersion experientielle - c'est à dire de faire l'expérience de la culture "vu de l'intérieur" pour la comprendre. Ca me parait être un discours bizarrement anti-académique ou mal informé)

Comme c'est un peu difficile à trier dans le livre entre "j'affirme que X est vrai" et "je pense que X est vrai pour moi", je vais accepter que Luca ne cherche pas à faire un consensus et ne présente que son point de vue. Mais alors c'est regrettable qu'il y ait tellement de chapitres qui sortent de son expérience personnelle. Parce que du coup ces chapitres donnent l'impression de présenter quelquechose qui pourrait être un consensus sans oser l'affirmer comme tel (et ce détour de modestie confère un impression de véracité supplémentaire - d'autant plus lorsque ça correspond à la pensée unique du milieu folk).

Et si on arretait de prendre le dictionnaire (surtout étymologique) quand on parle de tradition ?

Si on regarde la provenance de "décimer", on voit que ça vient du latin "mettre à mort une personne sur dix". Est-ce pour autant qu'on va rejeter le sens actuel (par exemple du Larousse "faire périr des êtres vivants en grand nombre ; exterminer") qui se réfère à largement plus qu'une personne sur dix? (Merde c'était une question rhétorique, mais apparemment c'est exactement ce qui est proposé par certains).

Chaque fois qu'on parle de "tradition" on va nous exposer la racine latine - qui nous apprend rien. Pire, elle nous fait mettre le doigt dans l'oeil. Luca (comme tout le monde qui a ouvert son dico, ou lu la page wikipedia - aucune de ces deux sources n'a quelque chose de sensé à dire au sujet des la tradition, puisqu'ils commencent eux aussi par l'etymologie) est persuadé que la tradition à un rapport avec "livrer, transmettre, perpétuer". Qu'on transmet "quelquechose" de relativement "stable", de "génération en génération" (possiblement avec modifications ou ré-interprétation). Si on est convaincu que "tradition" est en lien avec "transmission", c'est assez inéluctable. Ca nous mène à penser en termes d'objet transmis, de mode de transmission (ou d'acquisition/apprentissage) et de la stabilité ou non de cet objet.
Alternativement, on pourrait aller voir ce qu'en disent les académiques - on apprend que la tradition est plutot un "processus interpretatif qui est à la fois en continuité et en discontinuité". Qu'on ne peut pas raisonner en termes "d'objet" transmis, car cet objet n'existe pas. (Et accessoirement on ne peut pas différencier les "vraies" et les "fausses" traditions). 
http://lepo.it.da.ut.ee/~cect/teoreetilised%20seminarid_2010/folkloristika_uurimisr%C3%BChma_seminar/Handler_Linnekin--Tradition-Genuine_or_Spurious--JAF_1984_vol_97_no_385.pdf
http://www.faculty.de.gcsu.edu/~mmagouli/tradition.htm

En pensant en termes de participation à un processus d'interprétation et non d'objet on met alors l'accent sur le bal, le bœuf, la participation à une culture - c'est tout "traditionnel" lorsqu'il a ce regard (explicite?) vers le passé dans la pratique culturelle. 

On y perd en convenance - tous les jugements de valeur (dont le livre est parsemé) passent à la trappe 
- authenticité? Pas de lien avec ce processus.
- un truc ancien, patrimoine de l'humanité? Pas de lien avec ce processus
- Apprentissage par immersion ou avec un prof, par oral ou par écrit? Pas de lien avec ce processus. 
- modifié ou stable? Pas de lien avec ce processus (à un instant donné il y a stabilité - ce qui nous permet de participer au même bœuf - mais le bœuf suivant on fera ptet autre chose avec quelqu'un d'autre - et ça participera à ce processus)

Bref, vu sous cet angle, la "tradition" en tant que mot nous sert à rien - enfin pas si on veut en "user" pour lui attacher une valeur.

Ce a quoi on se réfère par abus de langage avec le mot "tradition" (particulièrement quand on veut, comme Luca, le restreindre aux traditions de la société rurale) est simplement une question de cultures - des cultures liées à un espace, un temps, une communauté, toutes aussi "authentiques" les unes que les autres. Est alors "culture traditionnelle" ce qu'on veut (on peut y rajouter "populaire" ou "rural" si on veut pour affiner). Et dans le contexte du revivalisme (terme absent du livre, malgré une lecture apparente de Guilcher) folk, on choisit "par définition" que la culture qu'on prétend faire revivre est une "tradition". On cherche alors à lui conférer une valeur, en regardant son ancienneté, son immutabilité, sa pratique ininterrompue, ses modes de transmission, sa ruralité. Et toutes ces choses là apportent leur lot de contradictions: 
- plus c'est ancien, moins on en sait ; 
- plus c'est immutable, plus c'est inintéressant (voir superficiel) - parce que c'est dur d'avoir un conservatisme qui préserve sans scléroser ; 
- plus la pratique est ininterrompue, moins elle est "traditionnelle" car elle inclut des innovations récentes (ce qui nous donne, par exemple, les bals musette - "véritable" tradition française actuelle - qui n'intéresse pas vraiment les "folkeux", moi inclu) ;  
- plus on est dans une situation de transmission par immersion, plus il faut une bonne qualité du bain immersif, une bonne santé de la communauté de pratique (et le bal folk en tant que bain immersif est super pour devenir danseur de bal folk - mais rien à voir avec les cultures qu'on prétend faire revivre) ; 
- et plus c'est rural, moins ça fait sens dans un contexte moderne sans civilisation rurale distincte.


On peut se mentir et essayer de conférer à la fois aux cultures qu'on fait revivre et à notre revivalisme des propriétés qu'elles n'ont pas. Ou on peut être honnête et s'avouer qu'on a beau bien s'amuser, notre bal folk n'est qu'un loisir comme les autres (foot, jeu de rôle, hip hop, etc.) et que toutes les vertus positives qu'on aimerait y trouver de par une prétendue "traditionalité" (authenticité, singularité du geste, préservation et évolution d'une culture, valeurs communautaires, archétypes ancestraux de la condition humaine) ne découlent pas simplement de faire du bal folk. Au mieux ces vertus demandent une rigueur à laquelle peu d'entre nous aspirent - et encore moins réussissent - au pire sont un leurre inatteignable.

(J'dis pas que y'a pas des gens et des associations qui ont un projet culturel intéressant et fondé lié au collectage, à la valorisation et à la transmission - mais que le simple fait de faire du bal folk - même avec beaucoup de curiosité et d'ouverture - ne fait pas de nous des participants à ce projet - ce qui n'empêche pas le bal folk d'avoir des qualités - j'y reviendrai dans quelques paragraphes)

(Luca finit par définir son utilisation des termes "populaire", "traditionnel", "folk" et "trad" - je ne suis pas persuadé que ces distinctions soient pertinentes, ni que les adjectifs "corrects" selon ces définitions sont rigoureusement utilisés dans l'ensemble du livre. "Trad" est utilisé que dans un chapitre, pour décrire le "mouvement trad" - qui me parait exactement pareil que si Luca avait utilisé le terme du "mouvement folk". Vous remarquerez que je ne me plains pas que Luca n'ait pas repris la distinction plus ou moins hasardeuse entre "trad" et "folk" qu'on a discuté sur Tradzone - pas un mot sur les intestins :( Par contre, il note qu'il a lu sur un forum le terme "néo-trado-folk" et qu'il en sait rien de ce que ça veut dire - manque de bol, google me dit que y'a que moi qui ai jamais écrit ça :P - dans le contexte, je trouve que c'est relativement clair - je faisais la différence entre le revivalisme du folklore et le reste (=(néo)-trado-folk) du revivalisme, dans un contexte ou j'étais pas persuadé que le revivalisme spectaculaire était nécessairement du folklore).

D'ailleurs c'est quoi les "valeurs" de la "tradition" ?
 
Luca le souligne au sujet du "monde traditionnel": 
"[...] il est facile de tomber dans le danger d'avoir une vision mythique, presque d'un âge d'or".

Mais les valeurs et caractéristiques du "monde traditionnel" parsèment le livre (et font l'objet d'un chapitre entier). Ces valeurs sont utilisées
- pour contraster avec le monde actuel (on vivait de façon simple, on se réjouissait des petites choses de la vie, on était d'avantage attachés à la nature, à la famille et à la communauté, la société était moins basée sur les apparences, les choix culturels sont décidés par la communauté entière, pas imposés, les enfants souriaient et s'amusaient de peu de choses, le sexe n'était pas "un bien de consommation, complètement détachée de l'aspect relationel et spirituel")
- en tant que valeurs "[à] connotation archétypale, éternelle, écrite dans l'essence la pus secrète et profonde de tout être humain" dont on hérite en connaissant et pratiquant ses traditions (la sagesse populaire, des façons saines de vivre son rapport à la nature, aux autres et à soi-même, la simplicité, l'authenticité, le naturel)
- pour proposer des outils de travail pour résoudre certains maux sociétaux actuels (la diversité culturelle, les dialectes, un moyen de revenir à une échelle humaine, à trouver une identité)

Autant je suis globalement d'accord avec ce dernier point, les deux premiers (que je caricature un peu, puisque je n'ai pas rapporté les caractéristiques plus neutres ou moins discutables) proposent une vision bien naïve et idéalisée de la société rurale! Il paraitrait qu'à l'époque ils étaient même plus doués pour les relations sentimentales...

Et quel rapport avec maintenant ?

Critiquer la société actuelle, j'ai pas de problème (je suis en grande partie d'accord avec cette critique, même si j'aurais voulu voir discuté des maux qui n'appartiennent pas qu'aux classes privilégiées - par exemple dans le livre, la pauvreté n'est utilisée que pour décrire le monde passé, pas le monde actuel). Utiliser une version inventée et idéalisée du passé pour critiquer la société actuelle, non, non et non! Platon aussi s'est plaint des "jeunes de nos jours", vis à vis d'un monde passé où tout était meilleur, il avait pas raison pour autant.

Luca nous présente aussi une utopie où nous avons accès, au plus profond de nous (et particulièrement en travers les musiques et danses traditionnelles) à l'expérience qu'avaient les gens à l'époque: 

 

"Naturellement, le plaisir que l'on éprouve en dansant les danses populaires reste inchangé, même à notre époque".

 

 

 Peut-être que la raison de cette harmonie [en bal folk] vient aussi du fait que ce style de danse et de musique est basé sur la tradition. Il se réfère donc à des schémas universels et archétypaux qui, en résonance avec la nature même de l’Homme, le rendent heureux."

Et pourtant Luca nous suggère en même temps de vivre activment notre propre vie en sachant "raisonner, analyser et non pas prendre pour argent comptant ce que les moyens de (dés)information mettent en circulation chaque jour". Raisonner et analyser ne faisaient pourtant pas particulièrement partie de la société rurale. Pas plus, d'ailleurs, que mélanger allègrement des danses de n'importe ou et n'importe quand en Europe et appeler ça de la culture...

Bref, on prend tout ce qu'on considère négatif et allant s'empirant dans la société actuelle, on s'imagine que c'était pas comme ça à l'époque, on ignore tous les aspects de l'époque qui pourraient nuire à notre rhétorique (en concédant les aspects les plus évidents pour paraitre convaincant) et on vend le bal folk comme moyen de retrouver des bonnes valeurs - belle démagogie!

(Il y a d'ailleurs un concept qui me parait pertinent: l'appropriation culturelle http://en.wikipedia....l_appropriation - quand une culture dominante prend des éléments superficiels d'une société minoritaire - et dans notre cas, la société minoritaire est morte et ne peut plus s'en plaindre)

Et les valeurs du bal folk ?

On a discuté à plusieurs reprises sur Tradzone des valeurs du monde/la philosophie folk. Par la force des choses (danses collectives, mouvement folk des hippies des années 70, beaucoup de participation de gens qui aiment transmettre et qui ont des étés libres - bref, des profs), on est pas mal à gauche. Et on est dans une politique sociale, presque par obligation, puisque dans le milieu, les musiciens pro sont intermittents. Mais il me semble qu'on avait trouvé un concensus qu'en principe, la diversité était souhaitable et on avait pas besoin d'être altermondialiste pour danser. 

Luca relève d'ailleurs

 


On trouve des personnes de tout âge, de toute profession, de tout statut économique, social et culturel, des jeunes, des adultes, des anciens et même des enfants

Cependant, à lire Luca, la plupart d'entre nous:
- nourrissent un certain refus de la culture consumériste
- n'ont pas la télévision ou ne la regardent que très peu et ne suivent pas le football
- ont une forte sensibilité pour les thèmes liés à l'environnement, à l'écologie, au développement durable et à la consommation responsable des resssources
- préfèrent les remèdes naturels aux médicaments des firmes pharmaceutiques
- sommes proches de la nature
- sommes naturels, simples et purs

En plus, dans le milieu folk, il n'y aurait pas de personnes négatives "personne ne s'énerve, personne n'élève la voix, il n'y a pas non plus de bagarres, personne ne vole et aucune drogue ne circule. Les fumeurs sont même rares."

Je veux bien que ce soit l'expérience personnelle de Luca - mais alors c'est bizarre, que moi qui aime moins voyager, qui suis moins ouvert à la rencontre des personnes et qui fréquente moins d'évènements folk, j'ai une expérience différente.

Le côté "folk" de la force est bien représenté, tisane tofu et tout et tout, mais les trad-saussisson-vin rouge... tous ces gens qui n'aiment pas Gennetines (Luca met en garde contre les dérives consuméristes du bal folk, mais ne dit pas à quel point on y est déjà), qui fument des clopes ou des joints, qui se sont bagarrés, qui critiquent tout (ah bon, c'est que moi?!) - non seulement ils existent, mais du côté culturel c'est bien les plus représentatifs! Comment parler du milieu folk en Europe sans parler de tout un volet de ce milieu?!

Je ne nie pas que la majorité (ou la grande minorité qui fait tous les festivals) du monde folk est comme ça - mais l'encourager mène à la consensualité et à la pensée unique - facile de jamais s'énerver et lever la voix quand on est que entre personnes qui sont d'accord. (par contre, pour changer le monde c'est un peu inutile).

Moralité consensuelle quand tu nous tiens...

Hormis ces valeurs auxquelles je suis pas sur d'adhérer, j'aimerais revenir sur quelques aspects un peu consensuels et paradoxaux. Des petites dérives de quelques phrases à l'échelle de tout un livre mais qui me paraissent dangereuses:

Luca critique le monde actuel, dans lequel il y a une crise relationnelle entre l'Homme et sa propre nature, avec lui-même. Il critique la consommation d'alcool, de tabac, de drogues et de médicaments "pour éloigner l'espace de quelques heures, et de façon tout à fait illusoire, les angoisses, les peurs, les responsabilités". Ca ressemble sacrément à la participation au bal folk, et encore plus aux festivals de l'été, non? Dans une optique de projet social pour changer le monde, on aurait pas mieux à faire que prendre tous les "âmes folk" et les envoyer à la campagne se masturber entre elles tout l'été pour oublier le monde extérieur?

Il critique aussi la culture de l'apparence, de l'éphémère et du paraître, contrastant le milieu du bal folk à celui de la discothèque (dont il en profite pour critiquer les danses, j'ai pas trop saisi pourquoi - enfin si, moi aussi y'a 4 ans je critiquais la "danse" en boite - mais depuis, j'ai découvert que partout il y a des danseurs excellents - et des danseurs de scottish... dont on peut se demander si on peut appeler ça de la danse). Il n'y aurait pas cette culture de l'apparence en bal folk... jugez plutot:

 

"Il suffit d’observer la façon dont sont habillés les danseurs qui participent aux bals folk. Les filles, par exemple, portent des vêtements qui exaltent la féminité et non pas la transgression, tandis que les garçons s’habillent le plus souvent de manière simple et fonctionnelle pour pouvoir être à l’aise en dansant. "

Plus tard on trouvera quelques paragraphes qui expliquent aux filles comment les garçons aiment qu'elles s'habillent (avec des critères d'apparence) et expliquant aux garçons comment les filles aiment qu'ils s'habillent (avec des critères pratiques). Luca souligne qu'on lui a rapporté que les différents accessoires et habits des femmes 

 

n’étaient pas uniquement faits pour les rendre belles, mais qu’ils constituaient aussi un stratagème pour qu’on les repère dans la foule des pistes de danse…
 

 

 

Quoi qu’il en soit, je pense que la tenue vestimentaire est importante, mais absolument pas fondamentale, surtout dans un contexte comme celui du bal folk et du mouvement trad. Au fond, les vêtements, les pieds nus, les signes distinctifs, le parfum, ce ne sont que des artifices. Ce qui importe vraiment, c’est le plaisir de danser et d’être capable de communiquer avec la danse.

Ca peu paraitre être du chipotage, mais ça ne fait que confirmer mon impression du milieu folk - c'est un milieu de la société contemporaine - et comme partout, on n'échappe pas à la culture de l'apparence, même si on la camoufle. Si c'est absolument pas fondamental, aurait-on pas mieux fait de pas en parler?

Et pire de tous, je sais pas si c'est une vision italienne du féminisme (ou peut-être peut on être altermondialiste et en même temps anti-féministe?), mais les propos de Luca m'ont étonné. Ca commence pourtant bien. Il nous dit que, contrairement à la société traditionnelle, 

 

 

La femme d’aujourd’hui n’est plus la femme au foyer reléguée au seul rôle d’épouse et de mère, mais bien une femme qui travaille et qui, à juste titre, demande à être autonome et traitée sur un pied d’égalité avec les hommes.

On apprend cependant, parmi les problèmes de la société actuelle

 

 

Un exemple frappant est constitué par l’image du corps de la femme, où la féminité et la sensualité sont remplacées par la transgression et l’érotisme dans la vulgarité publicitaire et dans les programmes télévisés qui proposent des modèles de beauté aussi inaccessibles qu’inutiles au réel développement de la personne. C’est une image qui n’a rien à voir avec le sentiment d’amour ni avec la séduction pour satisfaire le désir de l’homme de conquérir la femme aimée, c’est-à-dire la personne toute entière et non pas juste son corps.

Ok pour le début, mais la dernière phrase?! On apprend aussi, au sujet des vêtements:
 

 

 

Les femmes ont naturellement le devoir d’exprimer au mieux leur beauté et leur féminité. Je dois dire que je n’ai jamais vu [en bal folk] des femmes porter des vêtements provocants ou transgressifs. Au contraire, elles s’habillent de façon à se sentir à l’aise en dansant.

A l'aise en dansant? Plusieurs femmes m'ont rapporté qu'elles ne trouvent pas que c'est le cas...

Je vous passe l'analyse féministe complète des ces passages. Mais je trouve qu'on entrevoit la position stéreotype de l'homme qui est pour l'émancipation de la femme, pourvu qu'elle se passe dans un cadre dont il approuve: surtout pas de vetements provocants et transgressifs, elle doit rester belle et féminine (même en portant un pantalon!). 

Et je vous laisse constraster les conseils vestimentaires données aux hommes et aux femmes:

 

 

 

La tenue féminine que les hommes préfèrent ? Eh bien, je pense parler au nom de beaucoup d’entre eux en disant qu’une femme avec une jupe longue fait toujours bonne impression. Et puis c’est magnifique de voir les jupes se gonfler lorsque l’on tourbillonne sur certaines danses comme la bourrée à trois temps, et la chorégraphie n’en est que meilleure si la jupe est bariolée. Cependant, il faut dire qu’une fille en pantalon peut être tout aussi fascinante, parce que le bon goût vestimentaire n’a certainement pas besoin d’une jupe pour s’affirmer. Et la simplicité est souvent la plus belle des choses.


En ce qui concerne la tenue vestimentaire masculine, je peux vous faire part des suggestions que des demoiselles m’ont faites. L’homme devrait éviter les chemises à col, surtout s’il est rigide, pour deux raisons. Premièrement, les femmes trouvent davantage sensuelles les chemises sans col. Deuxièmement, si le col est rigide, elles ne peuvent pas confortablement appuyer leur tête pendant les mazurkas. En outre, les cavalières suggèrent de ne pas porter des chemises trop déboutonnées ou ouvertes, voire danse torse nu, parce que pour certaines danses, en particulier les mazurkas, il y a un contact physique avec le partenaire et elles ne veulent pas qu’il devienne trop intime. Autre conseil : ne pas porter des chemises ou des tee-shirts clairs, parce que les filles ont peur de les salir avec la sueur et le maquillage quand elles s’appuient sur l’homme pendant les mazurkas. Enfin, il semble que le tissu préféré des femmes soit le lin et elles déconseillent vivement de porter des matières synthétiques ou des pulls en laine qui peuvent piquer. En effet, beaucoup de femmes aiment appuyer leur visage sur les épaules de l’homme pendant certaines danses de couple. Une fille me raconta qu’une fois, pendant une mazurka clandestine automnale, elle vit même des femmes se battre pour un homme qui dansait avec un pull en cachemire, tellement il était chaud et confortable.

J'espère que cette vision de Luca est simplement maladroite, ou perd de la subtilité en traduction mais j'ai bien peur que non. Au cours du livre on trouve une obsession pour des comportements qui ne sont "pas transgressifs", pour des modes de divertissement "sains", pour les problèmes soulevés par la disparition du "noyau familial" et pour les "valeurs traditionnelles". Cette obsession me rappelle plutôt la rhétorique extrêmement dangereuse de certains partis politiques et mouvements moralisateurs, que je suis surpris de trouver dans ce qui est autrement presque un manifeste socialiste

Enfin, petite parenthèse sur le "but" de danser. Luca nous livre dès le prologue son idéal d'une danse poétique avec des mouvements intenses et passionnels (mais discrets dans leur intimité et dans le respect de l'espace et de l'intégrité de l'autre) finit en s'embrassant passionnément. Soit. Je ne nie pas que beaucoup de folkeux sont dans cette approche. Et que quand on rentre à la tente au petit matin, dès fois on est en "bonne compagnie". Et comme partout dans le monde, il y a des relations d'un soir, d'un festival, de toute une vie. Il y a des histoires d'amour, des histoires de cul et plein de nuances entre les deux. Mais dans un livre qui est si rapide à nous rassurer que le bal folk n'est pas "transgressif", je me demande pourquoi il n'y a pas au moins une petite parenthèse qui nous dit qu'on peut danser... que pour danser.
 

 

 

 

Du reste, la danse favorise l’attraction entre deux personnes. Dans certaines danses comme la mazurka, l’empathie entre les deux partenaires peut même être forte au point de faire monter une excitation sexuelle. Chez les hommes, c’est certainement plus… voyant et ça n’échappe pas à la cavalière. La réaction des danseuses ? Demandez-leur !

 Se plaindre de "l'érotisme" des femmes dans le monde actuel et en même temps ne pas savoir vivre quelquechose d'intense avec quelqu'un de l'autre sexe sans le sexualiser... (Mais là pas de souci! parce que c'est pas *juste* le physique, mais une sexualité vécue dans l'émotionnel et le relationnel. /sarcasme)

Tiens! je crois que pour passer le temps cet été, je vais demander aux danseuses ce qu'elles pensent des érections en danse - particulièrement celles qui se sentent contre la jambe quand on est collé-serrés... Il y a un terme légal pour ça, quand c'est pas voulu: ça s'appelle une agression sexuelle. Et le problème c'est que la seule façon de savoir si c'est voulu ou non, c'est de demander verbalement (tiens, ça aussi, je vais essayer...), ou de mettre la femme devant le fait accompli et voir si elle réagit. Et même si 9 fois sur 10 la femme était parfaitement heureuse de découvrir l'effet intense qu'elle a sur l'autre, la dixième fois serait quand même une agression sexuelle. Avant de règler les problèmes de mondialisation, on pourrait aussi règler ce problème-là...

J'aime le bal folk (si si)

Ces problèmes que je soulève critiquent une toute petite fraction du livre - ça semble presque dommage de pondre autant là dessus. Sinon (hormis quelques clichés comme la bourrée dans yeux dans les yeux, la singularité de l'expérience pour un homme de se faire mener par une femme "Il faut essayer pour le croire!", le musicien folk qui est dans le devoir de connaitre les traditions de sa région) le reste du livre est beau, émouvant et présente un projet social et culturel auquel j'adhère.

J'aimerais juste que le milieu folk descende de son petit nuage de consensualité et arrete de vouloir chier plus haut que son cul. Le milieu du bal folk ne fait à lui seul rien pour les cultures qu'il revivalise (puisqu'il ne les connait pas et ne s'y intéresse pas suffisamment pour en savoir plus qu'un superficiel stéréotypé et inutile). Partager des valeurs de bisounours et éviter d'entrer en contact avec des gens qui ne partagent pas ces valeurs n'est pas un acte militant mais un geste d'autruche. Prétendre à la diversité, tout en étant une monoculture alternative de hippies en tous genres c'est une hypocrisie.

Et c'est pas grave! Que les gens prennent du plaisir en dansant c'est une bonne chose. Que les gens s'intéressent à une culture (quelle qu'elle soit) c'est une bonne chose. Qu'il y a des passionnés dans le milieu qui ont réellement des gestes et des résultats positifs sociaux et culturels, je ne le nie pas. Mais arretons de dépeindre le milieu comme si en allant simplement à Gennetines on effectuait quelquechose de plus qu'un acte d'égoisme collectif. C'est là mon cheval de bataille: en réfléchissant un petit peu et en arretant d'avoir ce petit sentiment d'auto-satisfaction de créer un monde meilleur en dansant, peut-être qu'on pourra se poser la question de comment *réellement* contribuer à la sauvegarde du patrimoine de l'humanité que représente les MDT ou comment proposer des alternatives au système mondialiste et à la monoculture.

Enfin, ayons un peu de rigueur en parlant de traditions. Ayons pleinement conscience de ce que ça veut dire de faire du revivalisme et des choix bizarres que nous faisons dans ce que nous choisissons de revivaliser - qui ont souvent plus à voir avec notre propre plaisir qu'à un véritable projet culturel.

Merci, Luca d'avoir suscité en moi cette réflexion et désolé d'avoir utilisé ton livre comme prétexte pour déballer un tas de choses que j'avais apparemment sur le coeur.


Modifié par Tirno, 13 juin 2014 - 19:28.

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#3 + Partager nevado

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Posté 14 juin 2014 - 10:17

Tirno, ton message est très intéressant. :) Du coup, j'ai envie de lire le livre ^^



#4 + Partager Lanost

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Posté 14 juin 2014 - 12:21

bien vrai ça titille ma curiosité.



#5 + Partager luca.turchet

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Posté 14 juin 2014 - 20:43

Dear Tirno,
I have appreciated your taking time to read and comment my book. I am also grateful to you for the partial English translation of your comments. Thanks for all the compliments and positive comments, and for advising people to buy my book.

The first thing that I want to say is that I feel satisfied: my words succeeded in making a reader reflect about a variety of topics. This was my goal. I believe it is important to keep alive the discussion about the topics faced in my book. My words do not have any pretension to give any answer; rather they aim to make reflect on a series of questions that could or maybe should be addressed. Please notice the question mark at the end of the title of the chapter: “Le folk comme solution ?” I am not so arrogant and presumptuous to claim to possess the truth and to know how to solve the problems of our society/ies. Nevertheless, I believe that sharing my thoughts can be a starting point for others to reflect more. And, in my opinion, the folk world is the perfect topic to conduct such a reflexion, which is (or maybe should be) basically a reflexion about who we are.

Of course, I was totally aware about the fact that my reflections would have been exposed to lots of criticisms. I am rather afraid that you believe that in some points of the book I might appear contradictory. Of course, this is just your personal opinion, and luckily such a comment, as many of the other “negative” comments you gave, is not in agreement with my view and do not find confirm in the feedback I received to date from a multitude of readers.

You questioned “Opinions or facts?” I am talking about opinions based on facts, those that I experienced. This should have been clear since the beginning of the book. My knowledge of the folk world does derive certainly from lots of readings, but mostly from having intensely lived such a world since I was very young. My opinions derive also (and especially) from several comparisons with other actors of the folk world. There is also a whole chapter dedicated to the opinions of various actors of the folk world, where I gather the voices of musicians, dancers, etc. After having discussed so much, for so many years, with so many people of different ages and coming from different European countries, I concluded that lot of what I wrote in the book is actually shared by many of the people who belong to such a beautiful folk world.

The folk world is NOT the balfolk world. In my humble opinion, reading your comments I have the impression that your criticisms derive in great part from a point of view that seems to me a bit limited. If I have correctly understood your thoughts, your reference point for all the criticism is just the balfolk world. Instead my point of view is much broader, and includes my activities of musician, danser, organiser of folk events, member of folk associations, and traveller in different corners of Europe. A knowledge that cannot certainly be acquired by simply participating to balfolk events. The discussion about the various aspects of balfolk and “balfolk culture” represents just a limited part of the whole book.

In addition, I personally find a bit inappropriate all this attention you devoted to the meaning of the different terms such as folk, trad, etc. when compared to a much more important inner meaning that cannot certainly be fixed in a definition of a dictionary: in my modest opinion it can only be fully understood by living it. Indeed, the chapter finishes with this reflection:

"Pour conclure ce chapitre, je ressens le besoin de faire une réflexion générale. En faisant des recherches et en réfléchissant au sens de tous ces termes, j’ai découvert une clé de lecture qui peut sembler banale et évidente au premier abord. Les mots « tradition », « traditionnel », « trad », « populaire », « folk », « ethno », etc. sont tous des termes plus ou moins liés au concept de peuple, c’est-à-dire aux personnes… aux êtres humains. En somme, ces concepts, dans toute leur diversité, semblent vouloir nous faire réfléchir sur la nature de l’être humain, sur son passé, son présent, son futur et, au fond, sur nous-mêmes."

 

 

This is the “take home message” of that chapter, not the definitions!!! Indeed, my book is not just about the folk world, but also about the “FOLK”, that is the people. And in particular about the SOUL of the human being (the part of the self more creative and irrational, and which refuses the rules imposed from the top... by the way, I would suggest you to have a look to the interesting new research on this topic conducted by Prof. Corrado Malanga: my book is highly based on such a novel research).



Let it be clear: far be it from me to give any kind of political hues to my words. And please please please: do not put in my mouth things that I have not said and do not even think. For instance you claim that I have a “rather naive and idealised vision of rural society”. Instead, I clearly stated that I have underlined just the positive aspects of the rural world, and that I was perfectly aware of all the problems of that world, citing even few of them:

 

J’ai volontairement laissé de côté les aspects négatifs de ce monde d’autrefois, tels que l’analphabétisme, le manque de soins médicaux, l’absence d’émancipation féminine, les trop rares possibilités de choisir un destin qui ne soit pas préétabli dès la naissance, etc.

 

 

 

I also disagree when you state that in my book I took into account only the rural society as a “model” for a better society of our days. This is completely wrong: instead I have brought all the discussion to the present, by presenting in the whole book the beauty of the present folk world, as I have experienced it. Of course, keeping an eye to the past. But also one to the future.

Moreover, you stated:  "je me demande pourquoi il n'y a pas au moins une petite parenthèse qui nous dit qu'on peut danser... que pour danser." This is not true. I am sure that if you read carefully the book once again you will find in many points how instead I try to underline the beauty of dancing as such (to use your words "danser pour danser"). For instance, I could cite the sentence of my book that you cited in your comments:

"Naturellement, le plaisir que l'on éprouve en dansant les danses populaires reste inchangé, même à notre époque".

 

Furthermore, I disagree with your judgment of my words when it comes to the “transgression topic”. Of course, I strongly believe that everyone in the folk world (and outside it) must be absolutely free to dress, have sex, smoke, etc. in the ways he/she think is more appropriate for him/herself. I am absolutely tolerant towards every culture, life style, ideas, etc. The whole chapter “Dear Ulysses” unequivocally demonstrates exactly this. The folk world has thought me that it is possible to live well also without any form of transgression and that the beauty of a person is certainly independent of what he/she dresses and his/her appearance.

 

 


My book is also born from the fact that my life values are clearly in contrast with those proposed by the mass media, by the culture of the superficial and by the powerful. I see that all this is bringing to the destruction of the human being at any level. This is what I have noticed and I believe it is important especially for the newest generations to deeply reflect on this. Perhaps in the era of globalisation, in which internet and new technologies rule the roost, to talk of traditions and their values may seem to be anachronistic. And yet for me it is not at all like that (and I, who work in the state-of-the-art frontiers of technology am saying this!). In a world like this where all reference values are evermore in a state of crisis, the folk world is a lesson which is absolutely present day. Undoubtedly, the folk world is not the solution to all the wrongs of our times. A change in mentality is required, a raising of awareness which is unanimous. But, in my opinion, this represents a small step which can be useful for moving, all of us together, towards shared solutions which consent the construction of a better world.

 

I would have appreciated if in your comments you could have mentioned this message present in the book.

 

However, thanks for all your criticism, I have taken it seriously. It is interesting for me to discuss and compare my view with the one of others, because I believe that it is also thanks to this kind of interactions that it is possible to evolve and become better human beings.

I can deduce from your words that after all, you enjoyed my book, and this makes me happy ;-)

 

See you soon dear folk soul ;-)


Modifié par luca.turchet, 15 juin 2014 - 01:47.


#6 + Partager Ludoman

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Posté 16 juin 2014 - 09:23

Bravo clobzh pour la traduction !!! :)


Modifié par Ludoman, 16 juin 2014 - 09:24.


#7 + Partager Tiennet

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Posté 16 juin 2014 - 10:36

J'aimerais juste que le milieu folk descende de son petit nuage de consensualité et arrete de vouloir chier plus haut que son cul. Le milieu du bal folk ne fait à lui seul rien pour les cultures qu'il revivalise (puisqu'il ne les connait pas et ne s'y intéresse pas suffisamment pour en savoir plus qu'un superficiel stéréotypé et inutile). Partager des valeurs de bisounours et éviter d'entrer en contact avec des gens qui ne partagent pas ces valeurs n'est pas un acte militant mais un geste d'autruche. Prétendre à la diversité, tout en étant une monoculture alternative de hippies en tous genres c'est une hypocrisie.

 

Eh ben... voilà qui est dit !

On en revient toujours au même constat, que ce soit pour la danse trad ou pour la musique trad : on est libres de faire ce qu'on veut, mais attention à avoir un discours cohérent en adéquation avec sa pratique / sa démarche... Je crois que le milieu du trad/folk gagnerait en crédibilité si tout le monde faisait attention à ça...


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#8 + Partager wedell

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Posté 16 juin 2014 - 12:41

Peut-être même ne faudrait-il pas de discours du tout et se contenter de jouer et danser?

Et laisser à ceux "hors milieu" le soin d'y trouver une cohérence?

Si on y songe, les milieux traditionnels ( ceux aujourd'hui considérés comme tels) ignoraient ou étaient indifférents à constituer une entité culturelle spécifique, non?

C'est bien nous, à notre époque, qui les avons catégorisés comme tels?



#9 + Partager Tiennet

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Posté 16 juin 2014 - 13:23

Peut-être même ne faudrait-il pas de discours du tout et se contenter de jouer et danser?

 

Disons que, si c'est pour dire des bêtises, autant se taire et danser / jouer pour le plaisir ! ;P

Faut-il nécessairement accompagner sa pratique des MDT d'un discours ou d'une justification ? Voilà une belle question, bien plus complexe qu'il n'y paraît. Tout dépend des acteurs : selon si on est simple danseur de bal folk, musicien intermittent, enseignant de musique trad ou directeur d'un centre de MDT en région, la réponse sera différente... Dans certains cas, le discours est nécessaire.

 

 

Si on y songe, les milieux traditionnels ( ceux aujourd'hui considérés comme tels) ignoraient ou étaient indifférents à constituer une entité culturelle spécifique, non?

C'est bien nous, à notre époque, qui les avons catégorisés comme tels?

 

Certes, c'est précisément une grande différence entre la société traditionnelle dont sont issues les danses et musiques traditionnelles et le milieu revivaliste...



#10 + Partager Tirno

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Posté 16 juin 2014 - 17:27

Plutot que répondre stérilement point par point, j'ai répondu à Luca en privé. Sans surprise, je reste d'accord avec moi-même - sauf là ou Luca trouve que je lui fais dire des choses qu'il n'a pas dites - pour ces points là j'invite chacun à lire le livre et se faire leur propre opinion.

 

J'adhère complètement au projet culturel et social dont Luca fait part - j'ai juste un peu de difficulté avec certains aspects du raisonnement qui, comme Luca le souligne, met en mots une vision avec lesquelles beaucoup de gens du monde folk seront en accord.


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#11 + Partager Rodrigue

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Posté 18 juin 2014 - 22:27

Grâce à toi et à Clobzh, Luca aura sans doute gagné un lecteur de plus.

 

C'est très bien que quelqu'un tienne un discours, que ce soit sur le bal, les musiques d'inspiration traditionnelle, le revivalisme, la naissance de l'état italien ou la colombophilie.

Ça permet d'amorcer éventuellement une réflexion personnelle, chacun à notre niveau, sur le sens qu'il perçoit de sa pratique, ou qu'il entend donner à sa pratique. Ça permet de nourrir la critique aussi et de permettre à l'autre d'ordonner ses idées et ses arguments. Ça ouvre ou nourrit le débat, et cet éclairage était relativement absent : on a souvent reproché ici au danseur de consommer, de danser "unaware". Et bien je verrai bien si l'ouvrage de Luca est une pierre utile à l'édifice.

 

En attente de lire donc, je dirais quand même que je pense tout à fait qu'organiser un bal (sans entrer dans le détail de ce que devrait être un bon bal) est un acte social et politique, et que le bal "véhicule" des valeurs ou possède au moins des vertus qui me semblent intéressantes et saines pour notre société occidentale. Dire que ce sont les mêmes valeurs ou vertus qu'avaient les bals, les assemblées ou les veillées d'antan dans les mondes ouvriers et paysans serait peut-être exagéré, mais le fait est que quiconque fréquente le bal (mais pas forcément les festivals hard-folk) depuis plusieurs mois comprend en partie pourquoi l'Unesco a reconnu le fest-noz d'utilité publique patrimoine immatériel de l'humanité (même si on n'est pas d'accord sur la spécificité du fest-noz ou la simple patrimonialisation d'une pratique de loisir et de consommation). Alors, je ne sais pas de quoi il s'agit précisément, ni pourquoi on ne le trouve pas dans d'autres pratiques, ou pas sous cette forme, ou pas concentré en une même unité de temps-lieu-action... C'est peut-être juste cette ensemble que je ne précise pas que Lucas associe au passé, même si "le plaisir que l'on éprouve en dansant les danses populaires reste inchangé" fait sourire, c'est vrai. Le fait de tenter de mettre des mots là-dessus est louable et même nécessaire (ne serait-ce que pour éviter les tentatives de récupération fumeuses).

 

Enfin, mais il faut vraiment que je lise ce livre, je ne sais pas si le fait que Luca soit italien, même s'il a sans doute voyagé en folkutopie, ne modifie pas sa vision qu'il a de sa (nos) pratique(s). Je rappelle qu'en Italie, il y a deux-trois régions qui n'ont pas connu d'interruption de la pratique populaire, même si le rouleau compresseur du siècle est passé aussi par là et qu'il a fallu là aussi des opérations de sauvetage pour sauver ce qui pouvait l'être. Du coup le bal populaire en certains endroits, même si ce n'est pas Vialfré ou Ététrad, possède certaines des caractéristiques du bal folk par chez nous. Et d'ailleurs, il semble avoir raison le Lucas (mais je n'ai pas lu le livre)... encore une fois le Tirno est pris dans les filets de la distinction apparemment nécessaire et d'extrème importance _en France_ entre le bal folk et l'"autre" (pas bal ou pas folk). 

 

Tirno, si tu viens aux Volcaniques, il y aura quelqu'un à qui parler je crois. Tu ne risques rien, il a été affranchi.

 

 

 

Le milieu du bal folk ne fait à lui seul rien pour les cultures qu'il revivalise (puisqu'il ne les connait pas et ne s'y intéresse pas suffisamment pour en savoir plus qu'un superficiel stéréotypé et inutile)

Redis-moi ça dans les yeux pour voir ?

 

Ok les gars ! On arrête les bals, les ateliers et les festivals à compter de ce soir, et rendez-vous dans dix ans.  :)


Modifié par Rodrigue, 18 juin 2014 - 22:34.

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#12 + Partager Rodrigue

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Posté 19 juin 2014 - 00:59

Traduction de la réponse de Luca en français

 

Spoiler

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#13 + Partager Tiennet

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Posté 19 juin 2014 - 08:55

 

Le milieu du bal folk ne fait à lui seul rien pour les cultures qu'il revivalise (puisqu'il ne les connait pas et ne s'y intéresse pas suffisamment pour en savoir plus qu'un superficiel stéréotypé et inutile)

Redis-moi ça dans les yeux pour voir ?

 

Attention, ce qui suit est un GROS TROLL !!!

 

Moi aussi je trouve que tu vas un peu loin Tirno. Il faut reconnaître une chose : le bal folk est à la danse traditionnelle ce que Tri Yann est à la musique traditionnelle bretonne : une porte d'entrée vers quelque chose d'authentique, de riche, de beau.


Modifié par Tiennet, 19 juin 2014 - 08:55.


#14 + Partager wedell

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Posté 19 juin 2014 - 13:20

Il ya pas de troll, là, c'est juste vraiment ce que tu penses.


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#15 + Partager Tiennet

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Posté 19 juin 2014 - 13:28

:D

 

Wedell, espèce de coquin !



#16 + Partager Rodrigue

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Posté 19 juin 2014 - 18:59

(J'ai ouvert la porte, mais je suis resté au chaud)



#17 + Partager Ludoman

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Posté 20 juin 2014 - 09:04

Attention, ce qui suit est un GROS TROLL !!!

 

Moi aussi je trouve que tu vas un peu loin Tirno. Il faut reconnaître une chose : le bal folk est à la danse traditionnelle ce que Tri Yann est à la musique traditionnelle bretonne : une porte d'entrée vers quelque chose d'authentique, de riche, de beau.

 

Et personne réagit... bravo !  :clap:



#18 + Partager nevado

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Posté 20 juin 2014 - 11:36

 

Attention, ce qui suit est un GROS TROLL !!!

 

Moi aussi je trouve que tu vas un peu loin Tirno. Il faut reconnaître une chose : le bal folk est à la danse traditionnelle ce que Tri Yann est à la musique traditionnelle bretonne : une porte d'entrée vers quelque chose d'authentique, de riche, de beau.

 

Et personne réagit... bravo !  :clap:

 

et tout le monde s'en fout... :nevado:



#19 + Partager wedell

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Posté 20 juin 2014 - 12:12

M'enfin....! Vous n'entendez pas grincer les dents de Tirno?

Vous ne voyez pas les tics ravageant le visage de Rodrigue?

Diatoto s'interdisant d'intervenir tout en grattant furieusement son ecxéma?

Vous n'avez vraiment pas d'imagination, alors. :D

 

Bon, Tiennet, j'te sauve ton post mais tu me dois une bière, d'accord?


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#20 + Partager chilipepperson

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Posté 20 juin 2014 - 16:48

 

Tiens! je crois que pour passer le temps cet été, je vais demander aux danseuses ce qu'elles pensent des érections en danse 

 

:D J'ai bien ri ! 

 

 

 

J'aimerais juste que le milieu folk descende de son petit nuage de consensualité et arrete de vouloir chier plus haut que son cul. Le milieu du bal folk ne fait à lui seul rien pour les cultures qu'il revivalise (puisqu'il ne les connait pas et ne s'y intéresse pas suffisamment pour en savoir plus qu'un superficiel stéréotypé et inutile). Partager des valeurs de bisounours et éviter d'entrer en contact avec des gens qui ne partagent pas ces valeurs n'est pas un acte militant mais un geste d'autruche. Prétendre à la diversité, tout en étant une monoculture alternative de hippies en tous genres c'est une hypocrisie.

 

 

Comme d’autres, je suis particulièrement d’accord avec cette partie de ton développement Tirno. Je ne danse plus beaucoup mais j’ai toujours plaisir à le faire, en moyenne une fois par an, dans le cadre d’un festival. Je suis toujours ravi d’aller 2 ou 3 jours à Gennetines par exemple et, en même temps, j’éprouve toujours la sensation désagréable de dépareiller un peu, d’avoir du mal à m’immerger pleinement dans ce petit monde et souvent, de ne pas parvenir à entrer dans une conversation enrichissante « hors folk ».  







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